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Les Togolais se rendent aux urnes le dimanche 24 avril 2005. C'est pour désigner celui qui prendra les rênes du pays pour les cinq prochaines années.
Il s'agit selon les observateurs du scrutin de l'ultime chance. Politiquement enchaîné, et exsangue sur le plan socio-économique, le Togo a besoin de refaire le chemin perdu. Après la mort le 5 février 2005 de Gnassingbé Etienne Eyadema, l'homme dont le nom est synonyme de près quatre décennies de pouvoir sans partage.
Quatre candidats seront sur le starting-block, à savoir Faure Essozimna Gnassingbé, fils du défunt président ; imposé à la tête du pays par un quarteron de généraux. et qui a finalement jeté l'éponge suite aux pressions et menaces de la communauté internationale, doublées des manifestations de colère du peuple togolais. Il est le candidat désigné du Rassemblement du peuple togolais (Rpt). Les trois autres sont Emmanuel Bob- Akitani, vice-président de l'Union des forces de changement (Ufc) et candidat de six partis coalisés de l'opposition, Jean Nicolas Lawson du Parti du Renouveau et de la Rédemption (PRR) et Harry Octavianus Olympio, le leader du Rassemblement de soutien à la démocratie et du développement( RSDD). Le profil de chacun des candidats, pour aider le peuple à faire le bon choix.
Par Ekoué SATCHIVI
Emmanuel Bob -Akitani
Le gladiateur de la coalition de l'opposition
Des quatre postulants retenus pour les élections présidentielles du 24 avril 2005, Emmanuel Akakpovi Bob -Akitani est le plus âgé. Connu en qualité de Vice -président de l'Union des forces de Changement (UFC) de Gilchrist Olympio, il avait déjà pris au scrutin du 1er juin 2003, sous la bannière du Parti des forces du changement ( PFC), une des huit formations politiques qui composent l'UFC.Pour sa seconde participation à un scrutin présidentiel, l'ingénieur des mines à la retraite, est le candidat désigné et soutenu par six formations coalisées de l'opposition que sont l'ADDI, le CAR, la CDPA, le PSR, l'UDS-TOGO et l'UFC.
Emmanuel Akakpovi Bob-Akitani a vu le jour le 18 juillet 1930 à Aného dans la préfecture des Lacs. Ancien élève de l'Ecole primaire supérieure (EPS) de Lomé transformée plus tard en Lycée Bonnecarrère, il est de la génération du Pr Anani André Kuévidjen, Tétévi Godwin Adjalogo, Emile Gadagbé, après les mathématiques supérieures étudiées au Lycée Henry IV à Paris, il a fait les facultés des Sciences de Paris et de Poitiers avec l'obtention d'une licence ès- Sciences mathématiques (équivalence actuelle d'une maîtrise).
Sorti en 1959 de l'Ecole nationale supérieure du pétrole et des moteurs à Rueil-Malmaison, avec le grade d'ingénieur, il a fait d'abord ses preuves d'ingénieur de forage, de 1959 à 1960 à la Société des pétroles du Sénégal, filiale de la BP-France. De retour au Togo, il est entré dans la fonction publique en servant de 1961- 1969 en qualité de directeur- adjoint puis de directeur du Service des Mines et de la Géologie Au cours de la même période, il participe au Projet des Nations unies de Recherches minières et des eaux souterraines.
Ancien Conseiller technique. au Ministère des mines, le numéro deux du parti de Gilchrist Olympio, a été pendant sept ans de 1974 à 1981, Secrétaire Général de la Compagnie togolaise des mines du Bénin (CTMB) devenue Office togolais des phosphates (OTP), et privatisé en 2001 sous le dénomination d'International Fertilizer Group ( IFG-Togo), un groupe composé de Brifco Limited et le gouvernement togolais.
Admis à la retraite en 1983 sur sa propre demande, le candidat Emmanuel Bob -Akitani, s'occupe actuellement de la direction de SARIV, une société opérant dans le domaine de l'énergie solaire.
Ingénieur de classe exceptionnelle du Cadre des fonctionnaires des Mines et de la Géologie, le gladiateur de la coalition de l'opposition, a un long passé de militant politique.D'abord dans les rangs de l'association des étudiants togolais en France ( Jeune Togo), puis ensuite au sein de la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (FEANF). Ce fut sous sa présidence de 1957 à 1958 qu'une délégation des étudiants togolais fut envoyée aux côtés des leaders nationalistes lors des préparatifs des législatives historiques d'Avril 1958.
Membre et militant du parti l'Unité togolaise à partir de février 1961, il est membre fondateur de l'Union des forces de changement (UFC) créée en février 1992, dont il est le Vice-président.
Investi candidat unique de l'opposition lors d 'un grand meeting tenu le 19 mars 2005, au Stade de Béniglato, c'est pour la seconde fois que Emmanuel Bob -Akitani, participe à une élection présidentielle au Togo. La première fois, c'était en juin 2003, sous la bannière du Parti des forces du changement (PFC). Un scrutin pour lequel 34,1% des suffrages lui furent attribués, mais dont le déroulement a été entaché d'irrégularités.
Nicolas Lawson
Le candidat de la rédemption
Nicolas Lawson, promet au Togo le prestige et au peuple la prospérité dans la liberté et dans la dignité nationale. Le porte-flambeau du parti du renouveau et de la rédemption (PRR), fait partie des quatre candidats retenus par la Cour constitutionnelle. Lesquels seront sur le starting-block du scrutin présidentiel du 24 avril 2005.
Né le 11 mars 1953 à Aného, ville située à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Lomé, Jean Nicolas Messan Lawson est candidat pour la seconde fois consécutive, aux élections présidentielles au Togo. Candidat malheureux lors du scrutin du 1er juin 2003, l'homme qui se définit volontiers éclectique et humaniste, n'en démord pas. Il croit plus que jamais en ses chances. Dans son projet de société, ce touche à tout, devenu aujourd'hui homme d'affaires, entend s'inspirer du modèle du Singapour, pour faire du Togo, un exemple sur le continent africain.
A l'origine de la création du journal La lettre de la Nation avec Adjé Kpadé Alafia, dans les années quatre vingt dix, Jean Nicolas Messan Lawson a débuté ses études au Burkina Faso, avant de les poursuivre au Togo et au Bénin. A peine s'est-il inscrit à l'Université du Bénin rebaptisée aujourd'hui Université de Lomé pour des études d'agronomie entamées, qu'il se rend à Dublin et à Shannon en Irlande pour y effectuer des études en gestion hôtelière.
Jean Nicolas Messan se rend par la suite en France, pour étudier les lettres modernes et l'histoire à Orléans avant de mettre le cap sur Paris pour une formation en administration économique et sociale .Le candidat du renouveau et de la rédemption, a fait également un détour à l'université de Paris II (Assas) pour un stage d'analyste -programmeur.
L'ancien rédacteur en chef du bimensuel La Lettre de la nation, qui fait partie de ceux qui avaient jeté les bases de la création du Front des associations pour le Renouveau (FAR), fut le directeur de la publication d'un éphémère tabloïd, le Renouveau, avant de prendre part aux travaux de la Conférence nationale de juillet-août 1991de la Salle Fazao à Lomé, en qualité de délégué de l'Association pour la croyance sociale et la liberté (ACSL).
Devenu membre du Haut conseil de la République ( HCR), parlement de transition, le candidat de la rédemption a servi successivement à la primature sous Me Joseph Kokou Koffigoh en qualité de Conseiller spécial aux affaires politiques, puis en tant que rapporteur de la Commission Ad Hoc de la Communication, ancêtre de la Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication (HAAC), organe régulateur des médias.
Reconverti depuis lors dans les affaires, Jean Nicolas Messan Lawson s'était installé à Accra au Ghana où il a dirigé le Comité national du Forum francophone des affaires (FFA) et la Fédération ouest- africaine des entrepreneurs. Il est retourné dans son pays vers la fin des années quatre vingt- dix, avec un ton plus conciliateur. L'ancien journaliste et ancien conseiller à la primature sous Koffigoh, qui faisait partie des délégués les plus irréductibles de la Salle, fut le premier à se déclarer sur candidat sur les six qui avaient pris part aux élections du 1er juin 2003.
Hier candidat indépendant, le porte flambeau du Parti du renouveau et de la rédemption, est considéré avec Harry Octavianus Olympio, candidat du Rassemblement pour le soutien de la démocratie et le développement (RSDD), comme les poids plumes du scrutin du dimanche 24 avril 2005. La véritable bataille selon les fins observateurs de la scène politique, devant mettre aux prises, Faure Essozima Gnassingbé du Rassemblement du peuple togolais (RPT) et Emmanuel Bob Akitani, soutenu par la coalition de l'opposition.
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Prompt à préserver l'unité du peuple togolais, le candidat Jean Nicolas Messan Lawson, promet dans son projet de société, de rendre la scolarité obligatoire et gratuite, de financer l'agriculture, doubler aussi vite les salaires, tout en s'occupant de la restructuration des forces armées et de sécurité…
Mais pour le scrutin du 24 avril qui apparaît comme un rendez-vous aux innombrables aléas, le porte flambeau du parti du renouveau et de la rédemption, a plaidé pour un recul de la date de l'élection afin de mieux la préparer de façon consensuelle. Avec plusieurs décennies de frustrations sous le régime Eyadéma, les ressentiments selon l'homme d'affaires et candidat du PRR, peuvent se transformer en une violence dévastatrice.
Faure Essozima Gnassingbé
Résolu à occuper le fauteuil laissé vacant par son défunt père
Grand argentier et conseiller financier de son père, dans les secteurs de la téléphonie, des phosphates, l'une des principales sources de revenus du Togo, Faure Essozimna Gnassingbé, serait l'un des enfants les plus instruits du feu général Eyadéma.A sa charge, les différents comptes bancaires en Suisse et la liste des hommes d'affaires étrangers, désireux d'investir au Togo.
Faure Essozimna était dans le dispositif mis en place du vivant de son père pour le remplacer à la tête du Togo. Le fils devrait être candidat lors du scrutin présidentiel du 1er juin 2003, comme l'aurait souhaité le père. Mais la France, avait opposé son refus. Gnassingbé père avait tenté de l'imposer à l'Assemblée nationale, mais les faucons et autres barons du régime Rpt, l'en auraient dissuadé. Conçu de très longue date, ce plan fut mis en exécution le 5 février 2005, par les hauts gradés de l'armée, juste après la mort du général Eyadéma. Ne pouvant souscrire à une telle prise de pouvoir, des institutions telles que la CEDEAO, l'UA, l'OIF, contestent cette succession à la hussarde. Sous la pression de la communauté internationale et de la rue, Faure Essozimna renonça au poste, avant d'être investi candidat du Rpt pour l 'élection du 24 avril 2005.
Discret, le visage poupin, le candidat du Rpt, est né le 6 juin 1966 à Afagnan ((Préfecture des Lacs).Il avait à peine un an lorsque Gnassingbé Etienne Eyadéma, prenait le pouvoir en avril 1967. Faure comme l'appellent communément ses proches, a une double formation française et anglo-saxonne et jouit de la réputation de gestionnaire. Après ses études secondaires entamées à Kara et à Lomé, il passe son baccalauréat au Lycée militaire de Saint -Cyr en France.
Après des études de finances et de gestion en France et aux USA sanctionnées par l'obtention d'un Master en Business Administration (MBA), il retourne au Togo au milieu des années 1990 pour suivre les intérêts de la famille Gnassingbé au sein de plusieurs entreprises " privatisées " comme la Brasserie du Bénin à Agoué-Nyivé ou d'autres telles que Lydia Ludic (jeux) ou la West african cementry (Wacem) inscrites dans la zone franche.
Elu député Rpt pour la première fois en mars 1999 dans la 1ere circonscription électorale de Blitta ( centre), et réélu au terme des législatives anticipées d'octobre 2002, Faure n'a pu être imposé à la tête de l'Assemblée nationale comme l'aurait voulu son père, ce qui lui ouvrait directement les voies de la succession. Dans une ambiance surchauffée, ce fut Fambaré Natchaba Ouattara, faucon et idéologue du parti, qui sera élu au perchoir, jetant ainsi un coup de froid entre les deux hommes, auparavant amis.
Faure Essozimna Gnassingbé sera tout de même élu par ses collègues à la présidence de la Commission des relations extérieures et de la coopération de l'Assemblée nationale. C'est à ce titre, qu'il participait à la prise des grandes décisions engageant le Togo, notamment les négociations avec l'Union européenne. Au terme des élections présidentielles du 1er juin2003,il sera nommé ministre des Mines, de l'Equipement et des Télécommunications, portefeuille dont il assumera la responsabilité, jusqu'au décès de son père, Gnassingbé Eyadéma, survenu le samedi 5 février 2005.
Aussitôt l'annonce rendue publique, l'armée sur décision d'un quarteron de généraux, intronise Faure Essozimna à travers un jeu de passe-passe politico -juridique. Un choix de trop qui provoqua l'ire de la communauté internationale. Suite à des pressions de toutes sortes et à des manifestations de rue, le président auto-proclamé, a finalement jeté l'éponge après trois semaines passées à la tête du pays. Elu par la suite président du Rassemblement du peuple togolais(Rpt), il est candidat du parti créé en 1969 par son défunt -père.
Harry Olympio
Le " show boy " de la politique togolaise
Il est le plus jeune des quatre prétendants au fauteuil présidentiel. Après avoir servi en qualité de ministre dans les cabinets Klutsé, Adoboli et Sama III, c'est la toute première fois que Harry Octavianus Olympio se porte candidat à une élection présidentielle au Togo. Il défendra les couleurs du Rassemblement pour le soutien de la démocratie et du développement ( RSDD).
La quarantaine révolue et né d'un père togolais et d' une mère gabonaise, Harry Octavianus Olympio est un cousin au second degré de Gilchrist Sylvanus Olympio, le leader de l'Union des forces de changement (UFC).Fantasque dès son jeune âge, et fin lecteur de bandes dessinées, " Octave " comme l'appelaient ses anciens condisciples des Collèges Mgr Jean- Marie Cessou et Saint- Joseph à Lomé, a grandi au Gabon et au Togo. Par la suite, il est parti étudier en France avant de se lancer dans l'Informatique et la Bureautique en Côte d'Ivoire et au Gabon.
En septembre 1998, pour entretenir l'illusion aux yeux de la communauté internationale qu'il n'avait rien contre la famille Olympio et se redonner une légitimité, feu Eyadéma. proposa à Harry Octavianus, d'entrer au gouvernement (Rpt) de Kwassi Klutsé. Il y devient Ministre des Droits de l'homme et de la promotion de la démocratie, un poste de complaisance. D'aucuns avaient laissé croire à l'époque, que c'est grâce à ses liens de parenté côté maternel, qu'il fut propulsé sur la scène politique. togolaise. Pour se défendre, le leader du RSDD, dira que " c'est par son attachement aux libertés " qu'il était rentré en politique.
Remercié le 16 juin 2000 de son poste de ministre à la suite d'une sombre affaire d' attentat contre sa personne, Harry Octavianus Olympio, connaîtra une traversée de désert. Un an plus tard, le 6 juin 2001, il fut arrêté pour " fabrication et détention illégale d'explosifs " à son domicile.. Condamné par le tribunal correctionnel de Lomé à une peine de 18 mois, et écroué à la prison civile de Lomé, le show boy de la politique togolaise, en sort suite à une " grâce présidentielle " .
Avec son parti, le Rassemblement pour le soutien de la démocratie et du développement (RSSD) créé en 2000, et malgré son séjour carcéral, il brigue de la manière la plus officielle un mandat de député à l'Assemblée nationale. Harry Octavianus Olympio est élu dans la 3e circonscription électorale de Lomé lors des législatives anticipées du 27 octobre 2002. Il tronque son mandat de député contre un retour au gouvernement en acceptant le poste de ministre chargé des Relations avec le Parlement.
A l'origine de la création en 2002 de la Coordination des partis politiques de l'opposition constructive (CPOC), Harry O.Olympio fut reconduit en juillet 2003 à son poste de ministre avec le même portefeuille dans le cabinet Koffi Sama. Mais le 4 août suivant, il démissionne de ce poste, pour n'avoir pas été nommé au poste de ministre de la Justice couplé avec celui de la Réconciliation nationale comme c'était " convenu " entre le Premier ministre Sama et le RSDD lors des consultations.
Harry Octavianus Olympio, qui en 2004 avait mis sur pied un autre regroupement sous le vocable de la " Nouvelle opposition positive et intelligente ", se réclame " voie médiane " entre et le pouvoir et l'opposition.
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Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. « Nelson Mandela
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