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CDPA-BT : Un nouveau cycle “contentieux-négociations-dialogues-élections” ?

Posté par Administrator (admin) à 25.03.2010
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Une fois de plus, le régime de dictature se maintient à travers des élections pipées d’avance. Une fois de plus, la Cour constitutionnelle vient de trancher en faveur du pouvoir qui l’a créée pour le servir. Bien que le régime d’oppression soit massivement rejeté depuis des années par les Togolais, les choses se sont donc passées encore le 4 mars 2010 comme en 1998, comme en 2003 et comme en 2005.
Les candidats en compétition avec Faure Gnassingbé contestent unanimement les résultats proclamés, chacun avec ses moyens et à sa manière. Au CAR, dès la proclamation des résultats provisoires, Agboyibo a demandé l’invalidation des élections ; depuis le 4 mars, ce parti réfute la décision de la Cour constitutionnelle et entend “poursuivre ses efforts en vue de l’instauration d’un pouvoir dans lequel les Togolais se reconnaissent”. A la CDPA, Adjamagbo estime que la proclamation des résultats de la Cour Constitutionnelle représente « un recul du processus démocratique » ; ce parti voit dans la situation créée par le scrutin “une bipolarisation de plus en plus marquée de la vie politique dans le pays” et en redoute les conséquences. A l’OBUTS, Agbeyome s’inscrit dans la contestation et soutient les marches de protestation organisées par le FRAC. Le FRAC-UFC (ou UFC-FRAC ?!) a commencé à revendiquer la victoire pour son candidat dès le lendemain du scrutin ; il appuie sa revendication par des manifestations de protestations ; il affirme sa détermination de les poursuivre jusqu’à obtenir gain de cause.
Comme on devait s’y attendre, le régime réprime brutalement les manifestations, procède à des arrestations et à des saisies injustifiées de matériels. La CDPA-BT dénonce sans réserve ces pratiques répressives. Elle exige la libération de ceux qui sont encore détenus et la restitution du matériel saisi. Elle demande à ses membres et à ses sections de manifester, autant que possible, la solidarité du Parti à l’égard des victimes immédiates de cette répression.
Même s’il n’y a pas eu du sang versé comme en 2005 (pour des raisons politiques évidentes), la CDPA-BT estime que la répression des manifestations du FRAC, quel que soit son degré de gravité, n’en est pas moins une expression intolérable de la violence d’État une fois de plus activée pour étouffer la contestation populaire des résultats d’un scrutin une fois encore manipulé pour maintenir le régime d’oppression. Cet usage habituel de la violence d’Etat lors des élections pour étouffer la liberté d’expression est une atteinte inadmissible aux droits de la personne et à la dignité humaine. Il montre, s’il en est besoin, que le régime n’a pas changé après la mort d’Eyadema, qu’il reste toujours oppressif et répressif. En conséquence, la CDPA-BT invite les opposants togolais, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, à mieux s’organiser ensemble pour combattre ensemble ce régime dans le but de l’abolir.
Mais les membres de la CDPA-BT ne sont pas surpris par la situation dans laquelle se retrouve le Togo après ce scrutin de mars 2010. Elle était tout à fait prévisible. Le pouvoir totalitaire entend se maintenir en dépit de tout. Tout ce qui s’est passé dans le pays depuis la fin du 12e dialogue jusqu’au 4 mars 2010 le montrait bien avant même les urnes. Et il est évident que pour lui, le seul moyen de se maintenir indument au pouvoir, sans gêner les puissances qui le soutiennent au sein de la “Communauté internationale”, est d’organiser des élections falsifiées.
Depuis la fin du 12e dialogue, il a tout mis en œuvre pour cela. Il a refusé de procéder aux reformes constitutionnelles et institutionnelles indispensables à la transparence et à l’équité des élections dans le pays. Envers et contre tous, il a maintenu le mode de scrutin uninominal à un tour. Il a préservé la Cour constitutionnelle dans sa composition et dans son rôle originel de défense des intérêts du régime contre l’opposition. La capacité d’organisation de la fraude massive et la capacité de corrompre l’électorat par ses hommes sont demeurées intactes. La Commission Electorale Nationale Indépendante (la CENI) n’est pas plus indépendante en 2010 qu’en 2005... Ce sont là les ingrédients habituels des mascarades électorales au Togo. On les a vus jouer encore pleinement lors de ce scrutin du 4 mars.
A la veille de ce scrutin, aucun des candidats, qui se sont présentés contre Faure Gnassingbé, ne peut dire qu’il croyait que le scrutin ne serait pas piégé par le régime et son parti. Aucun acteur politique de la mouvance de l’opposition ne peut soutenir qu’il pensait que ces élections ne seraient pas détournées. Aucun acteur, aucun observateur sérieux de la scène politique togolaise ne peut affirmer qu’il croyait et qu’il croit toujours qu’il suffirait d’appeler la population à la résistance après le vote détourné au profit du candidat du régime pour que l’opposition arrache le pouvoir à Faure Gnassingbé. Et personne ne peut soutenir qu’il pensait, avant le 4 mars, qu’il suffirait d’appeler les Togolais à la résistance pour que la Cour constitutionnelle dise le droit, ou revienne sur sa décision d’avaliser les résultats falsifiés par le régime.
Certains se sont même permis de dire tout bas que les élections ne donneront rien, mais qu’il faut tout de même y aller. Le boycott serait “un cadeau offert au RPT” expliquent-ils. Comment le boycott d’un scrutin organisé par les tenants du pouvoir pour maintenir le régime d’oppression, pourrait-il être un cadeau offert au RPT ?
Ceux qui se sont portés candidats contre Faure Gnassingbé au nom d’un parti ou à titre personnel savaient bien ainsi que ces élections du 4 mars ne conduiraient pas à l’alternance politique. Il en est de même de ceux qui ont soutenu chacun son candidat contre les autres candidats opposants avec la ferveur habituelle.
Comme tous ceux-là, la CDPA-BT aussi savait que les élections seraient pipées d’avance. Elle a dit publiquement qu’en raison de l’évolution de la situation politique depuis la signature de l’APG, en l’absence des réformes destinées à rendre les élections normales dans le pays, le scrutin du 4 mars se passerait de la même manière qu’en 1998, en 2003 et en 2005.
C’est pour cette raison qu’elle s’est prononcée clairement pour le boycott actif, en estimant que ce type de boycott est un moyen de refuser en amont du scrutin, ce qu’on se mettra à refuser en aval sans y parvenir, à savoir la légitimation du régime à travers des élections jouées d’avance.
Du point de vue de la lutte d’opposition, il n’est en effet ni sain, ni raisonnable que des leaders de partis d’opposition appellent chaque fois la population à aller aux urnes en sachant bien que tout est organisé pour permettre au régime de se maintenir et d’exploiter, en plus, les élections pour passer pour un régime qui change, qui se démocratise.
La CDPA-BT ne peut pas continuer de voir depuis 20 ans la population togolaise aller tous les 5 ans à des élections dont le régime se sert à chaque fois pour se maintenir et se consolider. A partir de ce jour, et tant qu’il s’agira encore d’élections truquées pour maintenir le régime d’oppression, la CDPA-BT appellera au boycott actif comme moyen de renforcer la mobilisation populaire et d’alerter les opinions publiques internationales.
La CDPA-BT refuse d’être conformiste pour ne pas faire le jeu du régime. Elle ne peut plus, par esprit de solidarité au sein de la mouvance de l’opposition, continuer de soutenir des hommes et des politiques qui conduisent à des résultats contraires à ce qui justifie son existence en tant que parti d’opposition. Dans la lutte d’opposition en cours, il ne s’agit pas de “faire au moins quelque chose”. Il s’agit de faire ce qu’il faut pour permettre au peuple togolais de secouer le joug du régime d’oppression, afin d’arriver à faire progresser ses conditions d’existence.
Comme en 1998, comme en 2003 et comme en 2005, la décision de la Cour constitutionnelle est inadmissible. Inadmissible parce que inique. Mais inadmissible aussi par le fait que l’Institution a engagé, une fois de plus, le pays dans le cycle “contentieux-négociations-dialogues-élections” bien connu des Togolais depuis 1998. Et elle l’a fait encore par pure stratégie politique : en engageant à nouveau le pays dans un tel cycle, elle offre une fois encore au régime l’occasion de se maintenir et de continuer de gouverner le pays en toute tranquillité, pendant qu’un dialogue de sourds occuperait encore l’opposition et l’opinion togolaise, jusqu’aux prochaines élections présidentielles.
Et pendant ce temps, la population continuera de subir l’oppression despotique et les effets dévastateurs de la pauvreté et de la misère, si méthodiquement exploités par le régime pour corrompre l’électorat.
L’objectif de la lutte d’opposition que nous menons contre le régime oppresseur et prédateur est la transformation progressiste des conditions d’existence de la masse de la population. C’est cet objectif qui justifie la lutte d’opposition et impose à l’opposition démocratique l’exigence de se donner les moyens de la conduire avec efficacité. C’est pourquoi la CDPA-BT estime qu’il faut s’interdire de faire tout ce qui peut contribuer à prolonger la vie du régime d’oppression. On n’y arrivera par une meilleure organisation de la masse des opposants.
Dès l’annonce de la date du scrutin, la CDPA-BT avait proclamé que son objectif ne se bornait pas aux élections présidentielles de 2010, mais qu’il allait au-delà. Pour cette raison, tout en se prononçant pour le boycott actif, elle a exhorté ses membres et ses sections à poursuivre les efforts entrepris pour renforcer l’organisation du Parti. Si le régime d’oppression continue de se maintenir au pouvoir par des méthodes aussi répréhensibles, ce n’est pas parce qu’il est trop fort. C’est parce que l’opposition est trop faible. Trop faible par ses divisions, par les rivalités entre ses chefs pour le pouvoir, par son inorganisation chronique, par l’absence d’une politique d’opposition cohérente par rapport aux aspirations du peuple pour le changement politique.
Continuer de fonctionner dans cet état d’inorganisation et de faiblesse congénitale, à plus forte raison s’en accommoder et toujours continuer dans la même voie, est dangereux pour la lutte d’opposition. En continuant dans la même voie, on entretient et on renforce l’esprit de fatalisme au sein de la population, on accepte son appauvrissement croissant et on n’y contribue. En continuant dans la même voie, on contribue à maintenir le rapport des forces constamment en faveur du régime d’oppression. L’opposition démocratique se doit de se donner une politique alternative d’opposition.
C’est dans ce sens que la CDPA-BT en appelle une fois de plus aux partis et aux organisations associatives qui se réclament de l’opposition démocratique. Le régime d’Eyadema n’est pas une malédiction tombée du ciel sur le Togo pour punir les Togolais jusqu’à la septième génération.
L’opposition togolaise peut réaliser le changement politique, mais sous quelques conditions incontournables :
   Que les partis d’opposition reconnaissent le caractère erroné de l’orientation politique donnée à la lutte d’opposition jusqu’à présent (elle ne permet pas d’atteindre l’objectif du changement politique) ; et qu’ils acceptent de donner à l’opposition une politique alternative.
   Que les partis d’opposition acceptent de centrer cette politique nouvelle sur un objectif qui ne divise pas l’opposition par des rivalités stériles entre leaders opposants, mais sur un objectif qui rassemble tous les opposants, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, pour en faire une force réelle. Compte tenu des aspirations de la population au changement politique, cet objectif rassembleur ne peut être que la fin du régime de dictature avant la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir.
   Que les partis d’opposition acceptent de se mettre ensemble pour définir et conduire ensemble, sans arrières pensées, des actions susceptibles de permettre la réalisation de l’objectif unitaire sur une base programmatique minimale, assortie de règles de comportement et d’une dose minimale de rigueur politique.
   Que les partis d’opposition acceptent enfin de situer cette politique alternative d’opposition dans un cadre. Un cadre le plus large possible où tous les opposants togolais peuvent s’impliquer massivement et agir ensemble. Un cadre qui n’est donc pas une addition d’individus parlant et réagissant tous, comme si l’opposition était une tour de Babel, mais un cadre organisé, fonctionnant selon un minimum de règles consensuelles que chacun est tenu de respecter.
Voici plus de 10 ans que la CDPA-BT fait des propositions précises dans ce sens à l’ensemble des opposants togolais quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Et voici au moins cinq ans que notre Parti présente ces propositions sous la forme du MFAO. Il faut donner à la lutte d’opposition une nouvelle orientation politique ; il faut redéfinir l’objectif unitaire ; il faut se mettre ensemble pour agir avec efficacité ; il faut conduire la nouvelle politique sur une base programmatique minimale ; il faut organiser et mener les actions dans un cadre structuré. C’est ce cadre unitaire indispensable que la CDPA-BT continue de proposer sous la forme d’un Mouvement citoyen d’envergure nationale : le MFAO.
La nouvelle situation créée par ce scrutin du 4 mars invite instamment à faire une autre politique d’opposition, si nous voulons vraiment instaurer un système démocratique au Togo. Quand on emprunte une voie qui conduit à chaque fois dans l’impasse, il faut en essayer une autre. Pour atteindre son objectif, la lutte d’opposition a besoin d’être portée par un mouvement d’envergure national bien structuré.
En conséquence, la CDPA-BT demande à ses membres et à ses sections de poursuivre la campagne d’explication et les efforts d’organisation pour l’émergence du MFAO. Elle demande aux membres et aux associations MFAO déjà existants de ne ni se laisser décourager par la nouvelle situation résultant du scrutin du 4 mars, ni se laisser divertir de l’essentiel. Nous sommes tenus de forger ensemble l’outil dont nous avons besoin pour réaliser le changement politique.
Fait à Lomé le 21 Mars 2010
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. E. GU-KONU

 

Dernière modification: 25.03.2010 à 14:44

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