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SOKODE :3Ème ÉDITION DU FESTIVAL NATIONAL DE LA MUSIQUE ET DANSE TRADITIONNELLES TÉM ( FESTÉKPÉ )

Posté par Administrator (admin) à 09.11.2010
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 RADIO ZINARIA. FM  S’ENTRETIENT AVEC LE COORDINATEUR GÉNÉRAL DE TOGO CULTURE PLUS
 
Un site internet: www.togocultureplus.com  qui,  au fil du temps, tient  son pari d’être une source de référence de l’histoire, de la culture Tém. Une radio-web  à forte audience, RADIO ZINARIA FM, moyen de communication, de divertissement et d'éducation au sein de la diaspora, voire  au Togo même, une attente et un enthousiasme débordants à l’approche du Festival :  ce sont entre autres ce que certains désigneront de produits dérivés ou d’impact du FESTÉKPÉ (FESTIVAL  NATIONAL DE MUSIQUE ET DANSE TRADITIONNELLES TÉM, KÉTÉKPÉ ).
 
À la veille de la conférence de Presse de lancement de l’édition 2010, la troisième, une équipe de la rédaction de Radio ZINARIA FM  a  donc rencontré  M. Bassirou AYÉVA. En même temps qu’elle  a   exploré avec lui  les coulisses des préparatifs du FESTÉKPÉ, il lui  a livré  son analyse sur le  panorama politique au Togo. Pour lui, : “ …LA PAUVRETÉ AU TOGO N’EST PAS QUE MATÉRIELLE OU FINANCIÈRE. ELLE EST AUSSI MENTALE ET MORALE… “        
 
RADIO ZINARIA: À la veille de votre départ pour le FESTIVAL au Togo, vous venez de mettre en scène et de présenter une pièce au titre provocateur que vous avez écrite: “ Scheiß Deutschland, Scheiß Ausländer „ soit „ Merde à l’Allemagne, merde à l’étranger.„ Bien que n‘ayant pas été entièrement jouée ce mardi 09 novembre dernier, au Rathaus (siège du Gouvernement local de Brême ) à l’occasion de la Nuit de la Jeunesse ( Nacht der Jugend ), le public a été conquis. Avant de nous étendre sur les préparatifs du FESTÉKPÉ 2010, dites-nous un mot sur cette pièce de théâtre.
 
B. AYÉVA: Par choix ou par contrainte, nous vivons ici, dans cette société occidentale où le débat sur l’immigration, l’intégration, la criminalisation des étrangers, surtout des musulmans se fait de plus en plus corsé et passionné. À plus d’un titre, nous nous sentons interpellés par ce débat, tout comme nous restons interpellés par la situation sociale et politique  dans notre pays natal, le Togo. À ce débat de tous les extrêmes, je crois que chaque étranger peut ou doit y prendre  part à sa manière. Moi, j’ai choisi d’apporter ma modeste contribution à travers cette pièce de théâtre, comme vous l’avez si bien remarqué au titre plus que provocateur: “ Merde à l’Allemagne, merde à l’étranger ”. Quotidiennement, Turcs, Africains, Asiatiques… ou autres étrangers laissent échapper leurs frustrations face au système, à la bureaucratie, aux excès de la police ou de la société  allemande. Ils expriment leur ras-le-bol et pourtant, ils ne sont pas prêts à retourner dans leurs pays. Mieux, ils sont prêts à mettre tout en oeuvre pour éviter leur refoulement, au cas où leur séjour serait irrégulier. C’est cette contradiction que je peinds.
 En fait cette pièce est un regard croisé de trois Allemands, ( deux naturalisés, c’est-à-dire un Noir africain, un Turc d’origine ) et un Allemand de souche. Chacun accuse son prochain. Chacun se nourrit de clichés dégradants de l’autre… pour le caricaturer, le discréditer…Cette confrontation leur permet finalement de mieux se connaître et de fraterniser par la suite. La leçon est que nous vivons ensemble sans vraiment nous connaître les uns les autres. Cette méconnaissance de l’autre et cette ignorance font le lit à toutes sortes de préjugés et de discriminations.
 
RADIO ZINARIA: Nous aurions bien voulu nous étendre plus longtemps sur cette oeuvre théâtrale, mais revenons au FESTÉKPÉ, le Festival  National de Musique et danse Traditionnelles que vous et vos frères et soeurs de la diaspora et du Togo avez créé il y a bientôt trois ans. Quand et où auront lieu les festivités cette année?
 
B. AYÉVA: À la fin de la seconde édition, nous avions annoncé la tenue de la troisième pour les 10, 11 et 12 décembre 2010. Comme l’an dernier, ce sera  sur le terrain de football de l’École Komah 1 à  Sokodé, en attendant que les chefs traditionnels ne concrétisent leur  promesse de nous attribuer une aire spéciale pour ce festival. Une aire que nous appelerons “ VILLAGE DU FESTIVAL”. Avant, pendant et après le Festival, cet espace culrurel abritera work-shop et autres activités culturelles et artisanales.
 
 RADIO ZINARIA: Quel bilan tirez-vous des deux premières éditions?
 
B. AYÉVA: En initiant ce projet culturel, notre but était d’inventorier les richesses culturelles du pays Tém, d’inventorier les vestiges et sites touristiques, de les promouvoir, de donner  ainsi une plus grande visibilité à la région, afin d’en faire un pôle touristique. Bref il s’agit de faire participer la culture au processus global de lutte contre la pauvreté. Le thème générique de cette manifestation culturelle résume en lui seul tout un programme, à savoir: “LA CULTURE COMME ÉLÉMENT IDENTITAIRE ET FACTEUR D’INTÉGRATION ET DE DÉVELOPPEMENT “.
 Les deux premières années nous ont démontré notre justesse d’esprit. Tant au niveau artistique qu’à celui de l’adhésion populaire, au niveau de la qualité tout comme de la variété des spectacles, nous pouvons vous affirmer que le bilan des deux dernières années est très excitant, encourageant. L’engouement autour de l’événement est général, les populations ont repris conscience de la nécessité de préserver leurs valeurs culturelles, de la première édition à la deuxième les prestations des groupes se sont nettement améliorées,  davantage de groupes se sont constitués ou ressuscités etc. Bien d’autres avantages ont été tirés des deux premières éditions comme vous le découvrirez au cours de notre entretien. Mais d’ores et déjà ce résultat est encourageant et il est à mettre à l’actif des femmes et des hommes de l’intérieur et de la diaspora qui s’emploient bénévolement à combattre la misère ambiante dans la région par ce projet culturel.
 Une minutieuse observation de notre société m’amène à conclure que la pauvreté n’est pas que matérielle et financière au Togo ; elle est aussi mentale et morale. Et cette pauvreté n’est nullement une fatalité. On peut la combattre et rendre des villes, des régions ou un pays viables, attrayants, et créer des richesses, des emplois et rendre les habitants prospères et épanouis rien que par le biais de la promotion culturelle. Pour ce faire Il nous faut tout simplement être imaginatifs et créatifs. Les exemples des villes ou des régions qui ont compensé leur manque de matières premières par une vigoureuse politique culturelle sont legions  aussi bien en Afrique que dans le monde. Tout est question de choix, de volonté politique et de stratégie de développement.
 
RADIO ZINARIA: Un tel projet nécessite beaucoup d’effort intellectuel, matériel et financier. D’où vous viennent tous ces moyens et quel appui vous apporte l’État togolais?
 
B. AYÉVA: Depuis le lancement de ce projet que je peux me permettre de qualifier de pharaonique et futuriste eu égard à toute la logistique, de tous les moyens qu’il nous impose, certaines personnes se posent, à juste titre d’ailleurs, la question de savoir où nous trouvons les moyens pour le réaliser. Au départ, il nous a fallu tout inventer, du concept à sa matérialisation. Et cela, les membres de Togo Culture Plus et certains fils et filles Tém ont contribué d’une manière ou d’une autre à transformer ce qui au départ ressemblait à un rêve en un acte concret, palpable. Et puis, à l’extérieur il y a de bonnes volontés qui nous soutiennent. Parmi ces personnes, il y a notre Marraine, Mme Ilse Fliege, Consul Honoraire du Togo auprès des États de Schleswig- Holstein, Hambourg et Brème. Elle nous soutient  et s’emploie à faire connaître le Festival en Allemagne et ailleurs en Europe. Nous lui rendons  hommage.
 Certes, il y a Togocel aussi, la compagnie de téléphonie mobile qui nous accompagne depuis le début de cette aventure culturelle. D’autres sociétés d’État ou privées auxquelles nous soumettons notre dossier de demande de sponsoring devraient en faire de même. Hélas, tout cela tarde à venir. Peut-être que cette année, nous aurons de nouveaux soutiens. En tout cas, ce Festival se révèle être une vitrine publicitaire vers le marché du septentrion et même au-delà.
 Vous parliez à l’instant de l’aide de l’État. Nous aurions souhaité obtenir un soutien de l’État, pas uniquement moral, mais financier et également en mettant à la disposition de ce genre d’initiative des experts, et surtout en encourageant le partenariat des médias d’État avec de tels projets. Ce partenariat réduirait certains coûts. Je pense que cette aide ne se fera pas trop attendre, surtout sur le plan financier  car un tel projet engloutit d’énormes moyens, et les apports des initiateurs, ainsi que de quelques bonnes volontés ne suffisent pas. Précisons que le spectacle est gratuit. 
 
RADIO ZINARIA: Que nous réserve le rendez-vous de 2010 ?
 
B. AYÉVA: Beaucoup de bonnes surprises. Vu que nous avons pris l’engagement de faire de ce Festival un évènement majeur sur l’échiquier culturel africain, nous nous employons à le professionnaliser. Et cette professionnalisation passe par l’acquisition d’un matériel technique adéquat  doublé d’un savoir faire  irréprochable. Déjà,  cette année,  les artistes et les différents interlocuteurs se produiront  sur un podium professionnel digne de ce nom, celui que le Théâtre de Schwerin en Allemagne nous a offert  lors de la signature de l’accord de partenariat entre Film Land et Togo Culture Plus. Cela assure non seulement un meilleur confort, mais plus de sécurité à tous les acteurs, car il faut l’avouer, ce qui tenait lieu de podium lors des deux dernières éditions  était vétuste et dangereux. Donc progressivement nous nous équipons pour la réussite technique et artistique du Festival.
 Pour le reste je préfère que le public découvre sur place, pendant les trois jours le détail du menu de ce rendez-vous. Peut-être faut-il simplement préciser que même si ce FESTIVAL fait appel aux richesses culturelles du terroir Tém (Tchaoudjo, Assoli, Kri- Kri, Fazao, Boulowou… ), il ne se veut pas moins un facteur d’intégration. D’abord une intégration  nationale, dans un pays  où la culture du tribalisme a depuis des lustres  pris le pas sur celle du brassage de toutes les diversités ethniques. Ensuite, une intégration sous-régionale, dans une Afrique qui peine à traduire dans les faits  les voeux de brassage culturel entre pays et libre circulation des peuples et des biens, moult fois exprimés dans les différents accords ou traités. Celle année, la fête s’ouvre à nos frères du Burkina et du Benin, tout comme à toutes les  différentes communautés installées dans la métropole Tém qui se produiront en  “off “ c’est-à dire en marge de la compétition
 Et puis, comme nous parlons de développement du tourisme, les invités et autres touristes auront droit à des visites guidées des divers sites et vestiges du pays Tém. La  très monumentale Faille d’Alédjo est connue et visitée quotidiennement, mais il y a bien d’autres sites et projets à découvrir dans la région.                      
 
RADIO ZINARIA: Vous avez évoqué votre accord de partenariat avec le Film Land de la Ville de Schwerin, dans  l’État de Mecklenburg - Vorpomern. Est -ce à dire que ce projet qui ne sera qu’à sa troisième édition est déjà connu hors des frontières togolaises?
 
B. AYÉVA: Tout comme le financement d’un tel projet, son implantation, disons son inscription dans l’agenda culturel international dépend également d’un grand travail de lobbying et de communication. Nous devons parvenir à vendre le Festival, à attirer d’autres Togolais et  à l’ouvrir à d’autres artistes. Nous devons persuader les touristes de l’attractivité de la destination en cette période.
 À partir de l’Allemagne, de l’Angleterre, de la France et des États Unis, nous tentons de faire un travail de promotion du Festival. Nous nous employons à le faire connaître. Les premiers résultats sont encourageants, mais il faut plus de moyens pour y arriver. Il nous faut des contacts, de bonnes adresses. Je disais que les résultats sont encourageants car ce travail nous a permis cette année de faire inviter l’artiste de Kétékpé, Fati Koli pour une tournée en Allemagne. Elle était la seule africaine invitée au 850ème  anniversaire de la ville de Schwerin . Une chose est d’attirer du monde pour booster les activités sociales et économiques de la région et du pays, une autre est de réaliser des échanges de produits culturels. Et puisque l’organisation est basée en Allemagne, nous négocions cet échange avec l’Allemagne. D’ailleurs, l’année dernière nous avons amené avec nous des artistes modernes togolais résidant en Allemagne. Il s’agit de Maz et de Inouss Landoz. En compagnie d’un doyen du rythme Kétékpé, Fofana alias Casino Royal, ils se sont produits à l’Institut Goethe de Lomé.
 C’est toujours dans le souci de mieux faire connaître le Festival, de promouvoir la culture togolaise à l’extérieur que nous avons lancé voici quatre mois maintenant une radio-web, dont l’audience ne cesse de croître.
 Cette année nous nous déplaçons avec des artistes de renom tels que Ammy Coco, ….( Angleterre ) … La reconnaissance internationale du Festival passe par son ouverture. Nous le savons. Ainsi recherchons-nous également des financements et une expertise extérieurs en vue de nous pousser à rendre le FESTIVAL encore plus visible, plus viable et surtout rentable.
 
RADIO ZINARIA: Bassirou le politique  s’est-il mué à Bassirou le culturel? Qu’est réellement TOGO CULTURE PLUS, votre association? Comment analysez-vous la situation politique et sociale au Togo et au niveau des Togolais de la Diaspora.
 
B.AYÉVA: Aucune personne n’est née politique, ni je ne sais quoi. Tout est histoire d’engagement. Je reste toujours politiquement engagé pour la liberté, le respect des Droits de la personne humaine et le bien être des miens. Sur le plan de la politique partisane ou de la politique spectacle je me fais de plus en plus silencieux et à raison. C’est simplement parce que je mesure la ruine du tissu social et économique du Togo, l’accumulation des occasions manquées vers l’entrée dans une réelle démocratie pluraliste et réellement apaisée, ne viendront pas que de stériles incantations. Je me refuse d'ajouter de la confusion à la confusion.
 
La culture? Je ne découvre pas le monde de la culture. Je l’ai toujours fréquenté et pratiqué. J’éprouve de la tristesse que le Togo végète dans du surplace et que nos atouts culturels ne soient pas valorisés afin qu’ils contribuent à améliorer le quotidien des populations. Jetons un coup d'oeil sur nos voisins, le Benin, le Ghana et le Burkina... Je me suis  engagé à agir autrement. Mais cette action n'ôte pas en moi la raison de mon combat.
 
Le Festival ne doit  pas  s’identifier à une personne, quelle qu’elle soit. D’où la création à Wuppertal en Allemagne de Togo Culture Plus, une entité qui n’a que faire des opinions politiques, des religions ou des différences ethniques. Togo Culture Plus est un cadre de réflexion et d’action dont l’unique but est de promouvoir la culture togolaise afin qu’elle participe à la lutte contre la pauvreté. Cette organisation ne regroupe pas que des Tém ou des africains.
 
La diaspora togolaise est très politisée. C’est une très bonne chose, car en mon sens aucune personne ne doit rester sourde aux gémissements des siens. Le Togo notre pays peine à se relever de ses crises répétées. La population est démunie. À l’intérieur, des voix s’élèvent pour crier leur désarroi. Mais puisque ces voix ne sont que très peu entendues et très peu prises en compte, il ne reste qu’aux Togolais de l’extérieur à s’organiser pour relayer ces voix étouffées. D’où la naissance il y a plus d’un an maintenant, du Congrès Mondial de la Diaspora (CMDT ). Cette initiative  est encourageante, même s’il y a encore du travail.

RADIO ZINARIA:Tout en vous remerciant pour votre disponibilité, je vous prierai d’adresser un dernier mot à nos lecteurs.

B. AYÉVA: Je ne peux que vous remercier à mon tour pour l’accompagnement dont nous avons bénéficié depuis le lancement de l’idée de création du Festival à nos jours. Au nom de mes amis membres actifs ou sympathisants de Togo Culture Plus tant de la Diaspora que du Togo, je remercie toutes celles et ceux qui d’une manière ou d’une autre croient et soutiennent ce projet. Rendez-vous les 10, 11 et 12 décembre à Sokodé et Bafilo pour la 3è édition du FESTÉKPÉ.
 Je ne peux conclure cet entretien sans avoir une profonde pensée à notre illustre disparu, Irou Mila brutalement disparu à la suite d’un accident de la route le 11 mai 2010. Irou Mila est  un  artiste hors pair qui a contribué à donner au Festival sa dimension actuelle. D'ailleurs cette troisième édition  lui est dédiée.            
 
 De nos envoys spéciaux à Brême, Allemagne:
Traorébou & Tchamola de Radio Zinaria FM

Dernière modification: 09.11.2010 à 21:24

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